Moi, conduire? Pour quoi faire?

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Quand j’ai passé mon bac à l’île de la Reunion , la majorité de mon entourage pensait déjà au prochain sésame de leur liberté. La plupart des lycéens avait hâte de s’inscrire à l’auto école et de passer leur permis de conduire.

Ma meilleure amie, par exemple, faisait déjà de la conduite accompagnée. Je me souviens que j’étais complètement indifferente à la conduite à ce moment là. Avoir le permis n’était pas du tout synonyme de liberté pour moi. Je n’avais alors qu’une hâte: quitter le giron familial et mon île pour poursuivre mes études à Paris.

C’était ça la liberté pour moi. Etre libre de mes choix, de mes sorties, de respirer, de vivre.

Une fois arrivée à Paris, j’ai découvert les joies et travers des transports en commun franciliens. Au bout d’un an, le réseau de la RATP était devenu mon terrain de jeu. Entre mes cours, mon job d’étudiante et les soirées, je virevoltais entre les metro, RER et bus et cela me convenait parfaitement.

Ce n’est que quelques années plus tard, à l’obtention de mon diplôme , lorsque j’ai voulu retourner vivre à Mayotte que passer mon permis m’a paru necessaire et incontournable. A Mayotte, exit les bus et les tramways. Bonjour les taxis ou taxis brousse empruntés par bon nombre d’habitants de la ville au quotidien!

Honnêtement, j’aurais pu m’en contenter mais il se trouve que j’avais trouvé des missions de professeur contractuel dans des établissements qui se situaient dans des zones reculées de l’île.

J’étais donc dependante des taxis brousses et de leurs arrêts au bon vouloir des passagers. Pour autant, cela faisait pour moi partie du floklore et ne me gênait nullemment. Je m’organisais en consequence en me levant plus tôt et parvenant toujours à arriver à l’heure, pour le début de mes cours.

La notion de temps à Mayotte était différente de la frenesie du quotidien parisien. On prenait le temps de discuter avec les autres passagers durant les trajets, de savourer les paysages ou simplement de lire. Je pense que j’ai toujours aimé le fait de me sentir transportée par d’autres pour pouvoir justement me concentrer sur d’autres activités.

Mais ce n’était pas sans compter sur l’insistance de mon père qui me martelait sans cesse : « passe ton permis ma fille » au même rythme desesperant que « passe les concours ». Lassée, j’ai fini par me lancer et m’inscrire au code de la route.

Première étape d’un long parcours vers une conduite sereine, qui se poursuit encore aujourd’hui.

J’avais alors 22 ans. J’en ai 43 aujourd’hui.

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